Année singulière
Éditions D'Alcrena
Ormeignies, 1991
D/1991/5592/07
154 pages


Michel-02
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bibliographie







UNE ANNÉE SINGULIÈRE



Un roman dont le style est particulièrement simple tout en étant direct.
Un roman qui va droit à la réflexion du lecteur, parce que l'auteur y trace les derniers mois de la vie d'un homme qui se sait condamné par la maladie. Mois qu'il veut vivre vraiment, comme il n'a jamais vécu, malgré les bons souvenirs qui lui reviennent et grâce à ce qu'on pourrait estimer comme  la complicité d'une agente matrimoniale plutôt vendeuse de vent que du bonheur espéré. 


EXTRAIT

Dehors, il fait particulièrement sinistre : un vent du nord, un sifflements rauque par l’interstice de la porte de la cabine alerte l’oreille. Lionel est épuisé. Une nouvelle chimio plus vicieuse encore que les autres. Et la voix monotone du docteur Sorge :

Vous devriez vous reposer.
Exactement comme on dit : « Vous êtes cuit, mais ,je m’en fous. »

Lionel ramasse son carnet d’adresses. Il se met à genoux dans la cabine.
Au-dehors, une bonne femme le regarde curieusement. Elle porte un manteau en lapin blanc et, au bout d’une laisse, il y a un drôle de petit boudin à poils roux, indéfinissable. Lionel se relève et sourit à la dame au boudin qui tourne la tête. Il raccroche.
Tiens, i l n’a pas salué la mère Christiane. C’est fou comme la politesse s’en v a avec la vie ! Mais il sait qu’elle ne lui en tiendra pas rigueur. Le métier.
Lionel sort. La porte de la cabine s’ouvre en grinçant. A cent mètres, la dame au  petit chien. Elle s’en va d’un pas furieux. Reste le vent qui lui entre dans le pantalon comme un voyeur. Et s’il se mettait à poil, comme ça, devant tout le monde, qu’est-ce qui lui arriverait ?
Il pense :

     - On m’enfermerait. J’aurais beau gueuler : « mais je meurs, je meurs », on m’enfermerait quand même. C’est pas parce qu’on meurt qu’il faut foutre le bordel dans les rues.